Posté le Jeudi 2 février 2006 | Harlem Désir
La 6ème édition du Forum social mondial a la particularité de se dérouler en trois lieux successifs. Trois villes sur trois continents : Bamako (Mali), 19 au 23 janvier, Caracas (Vénézuela), du 24 au 29 janvier, puis Karachi (Pakistan), fin mars. Trois rendez-vous auxquels participe le Parti socialiste.
Quel bilan tirez-vous du Forum social mondial de Bamako ?
Organiser ce forum, avec très peu de moyens comparé à ceux déployés au Brésil ou même en Inde, alors que les efforts étaient dispersés, avec la tenue en parralèle d’un autre forum à Caracas, était un défi pour les maliens et le comité africain : ils y sont parvenus. Cette initiative reflète l’essor d’une société civile africaine qui va jouer un rôle croissant dans le processus démocratique. Il était marquant de voir la présence de centaine d’associations – de femmes, d’agriculteurs, de jeunes, etc. -, venues d’une quarantaine de pays et qui, malgré un contexte parfois très hostile, sont en train de renforcer leur assise dans la société et de se mettre en réseaux. Je suis convaincu que ces réseaux joueront un rôle grandissant à l’avenir sur ce continent marqué par les dictatures et où la démocratie reste très fragile quand elle existe.
Avez-vous le sentiment d’un essoufflement du mouvement altermondialiste ?
Je ne crois pas. Avec environ 15 000 personnes, la participation n’a pas été aussi nombreuse qu’à Porto Alegre. Mais l’élargissement du mouvement au continent africain, représenté jusque-là de façon marginale, est une étape importante pour le mouvement altermondialiste et l’évolution des forums eux-même. C’est le continent le plus pauvre, le plus exclu de la mondialisation actuelle, et il était presque absent du mouvement de la nouvelle société civile mondiale. Sauf comme objet de préoccupatiion et de solidarité. Il fait son entrée comme acteur et continuera l’an prochain à Nairobi (Kenya), le prochain grand forum unique qui sera le vrai test.
Par ailleurs, les forums sont toujours un peu chaotiques car ce sont des plateformes de débats qui ne s’imposent pas la cohérence, mais l’ouverture. Mais ils restent productifs et jouent encore leur rôle de mise en réseau et de catalyseur. L’appel mondial contre la pauvreté, en 2005, les campagnes pour l’annulation de la dette, pour les taxes mondiales ou pour l’accès aux médicaments ont été renforcé, élargi, par la dynamique des Forums et ont débouché sur de premières victoires. Des campagnes sur l’eau, les règles du commerce agricole, mais aussi sur de nouveaux thèmes comme le droit au « travail décent » et les libertés syndicales au sur tous les continents, sont en train de se développer. (Lire la suite…)