Posté le Dimanche 23 mai 2010 | Harlem Désir
La polémique sur le film Hors la loi est totalement déplorable. Déplorable parce que les censeurs de l’UMP attisent la concurrence des souffrances, des mémoires et proposent de déchirer des pages entières, souvent sombres, de notre histoire nationale. Sur chaque rive de la Méditerranée, des voix minoritaires et extrêmistes, mais bruyantes, refusent de refermer les plaies ouvertes au siècle dernier. Ils sont à rebours de l’Histoire, qu’il faut assumer mais pour avancer, et en décalage total avec les citoyens de nos pays qui savent qu’à l’heure de la mondialisation le destin de la France et de l’Algérie, comme de l’Europe et de l’Afrique, sont intimement liés. En ce 50e anniversaire des indépendances africaines, ces élus UMP ont préféré la régression, le simplisme, la haine: ils ne servent pas la France.
Polémique déplorable surtout parce c’est un film, une fiction, et à ce titre une Å“uvre d’art parfaitement libre. Il y en a assez d’une certaine droite qui veut interdire de penser ce que l’on veut et de l’écrire, de le peindre ou de le filmer : hier c’était Eric Raoult qui voulait imposer un « devoir de réserve » à Marie NDiaye, c’était Eric Besson qui attaquait le film Welcome de Laurent Cantet, c’était l’oeuvre de la jeune artiste Chinoise Ko Siu Lan sur Sarkozy retirée par les Beaux-Arts, et maintenant Lionel Lucca qui vocifère contre ce film. Il n’y a pas de place dans la République pour une police UMP de la création et de la pensée !
ll y a, depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir, une berlusconisation rampante de la droite française, qui voudrait dicter aux citoyens ce qu’ils doivent aimer et aux artistes ce qu’ils doivent créer. Et cette polémique sur Hors la loi est aussi ridicule que le boycott du Festival de Cannes par le Gouvernement italien, qui proteste contre la sélection de Draquila, dénonciation virulente du clientélisme berlusconien après le drame de L’Aquila.
La liberté d’expression, de pensée, de création est la marque des grandes démocraties, et une conquête trop précieuse pour en céder la moindre part. Je dis cela en songeant à un grand absent du Festival de Cannes, Jafar Panahi, cinéaste qui devait appartenir au Jury mais qui est retenu dans la prison iranienne d’Evin pour avoir envisagé de consacrer un film aux manifestations de 2009 contre le pouvoir. Il appartient à ces Iraniens qui ont choisi de mener une lutte pacifique pour la liberté, par l’art et la parole, et dans leur pays, comme Shirin Ebbadi, l’avocate Prix Nobel de la paix, et cet autre cinéaste Mohammad Nourizad lui aussi emprisonné et battu.
Harlem Désir
Post-scriptum : sous ce billet, je vous invite à découvrir le court-métrage des cinéastes engagés aux côtés des travailleurs sans-papiers « On bosse ici, on vit ici, on reste ici ! ».