8 mars 2010 : 100 ans de mobilisation pour les droits des femmes… Encore un effort !
Posté le Lundi 8 mars 2010
Il est des conférences de Copenhague qui réussissent mieux que d’autres. En 1910, Clara Zetkin, militante féministe et révolutionnaire allemande, propose à la deuxième Internationale socialiste des femmes de créer une Journée internationale de lutte pour les droits des femmes.
Cent ans plus tard, plus aucun pays démocratique ne refuse le droit de vote aux femmes. Mais cette satisfaction chèrement acquise ne doit pas occulter les inégalités criantes qui demeurent notamment au plan économique et social, sans parler des violences y compris familial dont sont encore victimes les femmes.
A travail égal, les femmes touchent encore un salaire moyen inférieur de 20 à 25% à celui des hommes, alors que l’égalité salariale a été votée il y a trente ans. Cela se traduit par une différence moyenne de 40% dans le montant des retraites. 80% des travailleurs à temps partiel sont des travailleuses, sans qu’il s’agisse dans la plupart des cas, d’un choix personnel de leur part. Les femmes représentent également 80 % des smicards et 80 % des salaires inférieurs au SMIC. Et elles ne sont que 27 parmi les 557 administrateurs des 40 plus grandes entreprises françaises cotées en Bourse. Plus inquiétant encore, les plaintes de femmes enceintes discriminées ont doublé en 2009. Avancement plus long que pour les autres salariés, non reconduction d’un CDD, rupture de la période d’essai : la maternité aussi est un plafond de verre. Lorsque l’on sait par ailleurs que 83% des tâches du foyer sont assurées par les femmes et qu’elles ne représentent que 15% des effectifs des grandes écoles d’ingénieurs, alors que les résultats scolaires des filles sont en moyenne supérieurs à ceux des garçons, on comprend que l’égalité réelle et complète entre les femmes et les hommes exige une lutte sans relâche contre les préjugés dans l’ensemble des domaines de la société.
Je m’étais réjoui ici même le 23 février de l’adoption à l’unanimité par l’Assemblée nationale de la résolution d’inspiration socialiste proposant l’adoption de la « clause de l’Européenne la plus favorisée ». C’est notamment à Gisèle Halimi que nous devons cette idée de retenir la législation la plus protectrice et la plus innovante pour les femmes dans chaque pays, pour qu’elle s’applique à tou-te-s, qu’il s’agisse des domaines de la contraception et de l’IVG, de l’emploi, de l’activité associative et politique, etc. C’est maintenant au niveau européen, notamment à l’occasion du prochain Conseil des ministres de l’UE, à valence, les 25 et 26 mars, que nous devrons nous mobiliser pour que cette clause soit appliquée.
L’égalité en droit existe déjà et les bons sentiments ne suffisent plus. L’Assemblée nationale a par exemple voté en première lecture la proposition de loi pour « une représentation équilibrée des hommes et des femmes dans les conseils d’administration ». Mais ce texte ne fait aucune référence à l’objectif de parité et refuse toute mesure coercitive, ou même incitative, pour parvenir à l’objectif affiché de 40% de femmes dans les conseils d’administration. Or il est déjà de plus en plus difficile de contrôler l’application des lois existantes sur l’égalité professionnelle car les inspecteurs du travail sont de moins en moins nombreux.
Il est plus que jamais nécessaire de permettre concrètement aux femmes de construire librement leur vie. Par exemple, en construisant des internats pour les étudiantes en classe préparatoire. En garantissant l’accès à la contraception et à l’IVG, menacé actuellement par la fermeture de nombreux centres. En construisant des crèches et en créant un véritable service public de la petite enfance, avec la scolarisation des enfants dès deux ans, pour permettre aux mères comme aux pères de poursuivre leur carrière professionnelle.
Sur le plan politique, la parité est loin d’être atteinte, puisque l’Assemblée nationale ne compte actuellement que 18,5% de femmes. La réforme territoriale et la création du conseiller territorial défendus par Nicolas Sarkozy mettraient un coup d’arrêt aux progrès réalisés dans les collectivités locales depuis l’adoption de la parité sous le gouvernement de Lionel Jospin : en proposant un scrutin uninominal à un tour pour 80% des conseillers territoriaux, cette réforme fera reculer la présence des femmes dans les assemblées locales. C’est pourquoi le Parti socialiste, qui avait déjà proposé des candidatures presque paritaires aux législatives de 2007, se bat contre cette réforme inique. Désormais, nous devons, sur cette question, faire un bond en avant. Tous les partis doivent en 2012 assurer la parité réelle des candidat-e-s comme des élu-e-s. Il faut enfin laisser les femmes occuper la place qui leur revient dans la cité.
Je voudrais souligner qu’aujourd’hui, 8 mars, Martine Aubry était à Montpellier pour soutenir une femme politique particulièrement courageuse dans ce moment, Hélène Mandroux, tête de liste socialiste en Languedoc Roussillon, où elle porte les valeurs et la dignité de la gauche dans cette région.
De son côté, au plan européen, le PSE femmes lance avec les Jeunes socialistes européens (ECOSY), la campagne “Mon corps, mes droits”.
Cette campagne, prévue pour un an, s’axe sur la défense du droit universel à la santé maternelle, la lutte contre la violence envers les femmes et la lutte contre le SIDA. Dans ce cadre, les ministres européens socialistes et sociaux-démocrates chargés de l’égalité hommes-femmes se sont réunis à l’ONU pour élaborer une déclaration sur la santé maternelle et le droit à la santé reproductive et sexuelle, qui appelle tous les gouvernements du monde à accentuer leurs efforts pour garantir la santé maternelle et lutter contre les violences faites aux femmes.
Le texte de la campagne du PSE ainsi que le texte de la déclaration sont disponibles à cette adresse : http://www.pes.org/fr/news/party-european-socialists-say-my-body-my-rights-together-we-call-universal-maternal-health
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