Harlem Désir

Député Européen / Secrétaire National du PS

Discours d’Harlem Désir au Congrès du Parti socialiste européen à Prague

Posté le Lundi 7 décembre 2009

Chers camarades,

Pour bâtir un nouvel agenda progressiste européen nous avons besoin d’une Europe plus unie et nous-mêmes, socialistes européens, d’être plus unis, cela a été souligné à la fois par Elena Valenciano, par Hannes Swoboda et d’autres orateurs.

Or, nous vivons un dangereux moment de repli sur les politiques nationales. Il y a une désaffection populaire à l’égard de l’Europe et l’on voit dans cela une part de la déception vis-à-vis d’une Europe qui n’a pas rempli ses promesses en matière de plein emploi, de protection face à la mondialisation, de bien-être social, mais il y a aussi une responsabilité très grande des dirigeants européens. Aujourd’hui, les gouvernements conservateurs amplifient cette tendance au repli sur les solutions nationales et sur l’Europe intergouvernementale et ils sont en train de mettre un véritable coup de frein au projet européen. On le voit de façon assez spectaculaire avec Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. Cette dérive est dangereuse.

Massimo D’Alema a insisté à l’instant sur son effet en ce qui concerne le rôle de l’Europe dans les débats mondiaux. Le risque, alors que ce continent, par la volonté commune avait créé une véritable force commune qui pesait, par exemple sur les règles du commerce, et sur de grands débats internationaux, on l’a vu avec Kyoto. Le risque est qu’aujourd’hui l’Europe devienne moins que l’addition de ses Etats-nations, face à la Chine, aux Etats-Unis, ou même à la Russie, quand par exemple nous avons besoin de défendre nos intérêts énergétiques.

Mais je voudrais insister sur une autre conséquence de ce coup de frein à l’intégration européenne : c’est qu’il arrête l’Europe au stade de l’intégration économique, et même pour ce qui est de l’économie, au stade du marché intérieur. Au moment où l’attente des citoyens est celle d’une Union qui soit à la fois économique, sociale, environnementale et plus démocratique, cette voie intergouvernementale ne permet pas d’aller de l’avant sur ce que nous considérons comme l’essentiel : la nécessité d’un ambitieux agenda progressiste européen.

Une Europe intergouvernementale ne permettra pas d’assurer la primauté du droit social face aux libertés économiques, elle ne permettra pas d’aller vers l’harmonisation sociale et fiscale, vers un salaire minimum européen, vers une politique de cohésion plus forte au service de la solidarité, avec des ressources propres qui dotent l’Union d’un vrai budget européen. Elle ne permettra pas d’imposer le respect des services publics et des services sociaux face aux règles de la concurrence.

Alors oui, moi qui suis français et qui suis toujours heureux quand la logique franco-allemande aide à la dynamique européenne, je n’accepte pas quand elle est mise au seul service du pouvoir des gouvernements, et encore, de quelques uns seulement et je dis que l’Europe ne peut pas être l’arrière-cour de quelques grands Etats. Cela ne fonctionnera pas et ne permettra pas d’avancer.

C’est bien notre responsabilité à nous, socialistes, de promouvoir une Europe plus unie. Mais j’ai envie de dire, et interpellons-nous nous-mêmes, que c’est notre responsabilité de la promouvoir, non seulement quand nous sommes dans l’opposition et je me réjouis de toutes les déclarations d’intention qui sont faites aujourd’hui, mais aussi quand nous sommes au gouvernement ; et de ne pas laisser s’installer entre nous cette fracture précisément entre ceux qui sont dans l’opposition et qui porteraient cette ambition, et ceux qui sont au gouvernement et qui se replieraient sur les logiques nationales, comme les gouvernements conservateurs, car je sais qu’ils partagent avec nous l’ambition d’une Europe plus intégrée et unie.

Nous devons donc faire en sorte, cela a été proposé tout à l’heure par Poul Nyrup Rasmussen, que dans la prochaine campagne pour les élections européennes, nous ayons non seulement un Manifesto commun, que nous le défendions tous, mais que nous ayons également une stratégie commune de tous les socialistes européens et un candidat commun défendu par tous pour la présidence de la commission européenne. C’est cela être une famille politique européenne, qui cherche à bâtir une véritable Europe unie.

Je vous remercie.

Popularity: 9%


Commentaires