Posté le Lundi 9 novembre 2009
 Chacun est amené, en ce moment, à se souvenir de l’endroit où il était lorsque le Mur s’effondra le 9 novembre 1989. Pour ma part, je rentrais d’un voyage dans ce qui était encore l’URSS, où nous avions décidé d’envoyer une délégation de SOS racisme pour voir sur pièce à quoi ressemblait cette Perestroïka et rencontrer ceux qui se battaient pour les libertés d’expression, quelle qu’en soit la forme, presse, musique, et pour les droits des minorités si longtemps bafoués tout au long de l’histoire soviétique : notamment les peuple du Caucase, ceux des Balkans… Après Moscou, j’étais allé en Arménie, en Azerbaïdjan, d’autres continuèrent en Lituanie. Chaque étape était une stupéfaction. Sous le glacis imposant de l’appareil d’Etat-Parti encore omniprésent tout s’ébranlait, tout le monde parlait et contestait de plus en plus ouvertement. Des membres du Parti, mais jouaient-ils une comédie ? Les journalistes du Komsomol ! Leur journal tirait à plusieurs millions d’exemplaires. Des rockers qui se disaient alternatifs ! Les appelés du contingent en Azerbaïdjan, en grève de la faim devant le siège du gouvernement de Bakou au vu et au su de tous et avec le soutien d’un Front national indépendantiste ayant pignon sur rue, dont les leaders nous recevaient dans une maison gardée par des miliciens en armes ! Les Arméniens proclamant ouvertement leur indépendance d’un bout à l’autre d’Erevan ! Nous étions en octobre 1989. Nous n’imaginions pas, bien sûr, que tout s’effondrerait aussi vite. De retour en France, j’étais stupéfait de voir que le peu d’attention portée à cet ébranlement en cours et toute celle qui se focalisait sur… trois foulards à Creil ! Non que le sujet ait été sans intérêt, mais il y avait comme un nombrilisme qui nous empêchait de voir ce qui craquait ailleurs, à nos portes et allait bouleverser l’Europe. Puis des milliers de femmes et d’hommes ont contourné le rideau de fer en Hongrie et d’un coup, le 9 novembre, abattu le Mur de leurs mains. J’étais incrédule. Au fond, nous l’avions vu, ils nous l’avaient dit, mais on ne les avait pas crus. On ne pouvait tout simplement pas l’imaginer. L’URSS, à terre, sans un coup de feu ! C’était au-delà de ce qui avait depuis toujours constitué notre monde. Les Mauerspechte, ces « piverts » improbables , ont changé le cours de l’Histoire. C’est cette image que nous Européens de l’Est et de l’Ouest devons non seulement conserver comme notre mémoire commune, précieuse lorsque l’Europe apparaît technocratique et désincarnée aux citoyens, mais aussi comme l’une de nos ambitions, aujourd’hui encore : faire tomber tous les murs.
Les murs hérités de la Guerre Froide : il en reste, il suffit de penser à la division des deux Corées. Les murs en Europe, celui de Chypre. Les murs du Proche-Orient, symbole et cicatrice de l’enlisement du processus de paix. Il ne faut pas s’y résigner. Mais aussi les murs qui, paradoxe dans un monde globalisé où les frontières s’effacent, se sont construits depuis vingt ans dans les esprits. Le mur des inégalités, qui continue de diviser l’Est et l’Ouest mais aussi le Nord et le Sud, et plus généralement les plus riches et ceux qui ne peuvent que survivre. Les inégalités, notamment dans l’accès aux biens communs les plus essentiels comme l’eau, sont sources d’instabilité et, souvent, de violence. Et le mur de l’intolérance, de l’obscurantisme et du choc des civilisations, que nous devons refuser. Il nous appartient de choisir la solidarité et le développement, la diversité et le dialogue des cultures, le multilatéralisme et la sécurité collective pour être, à notre tour, les Mauerspechte du XXIe siècle.
Soyons heureux, en ces temps où l’identité est instrumentalisée en repli sur soi, de sentir que beaucoup de Français veulent partager ce moment de l’histoire et du destin du peuple allemand, de sa liberté reconquise, avec lequel nous nous sommes tant affrontés au siècle dernier.
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