Harlem Désir intervient en plénière à propos du prochain sommet UE-USA
Posté le Vendredi 23 octobre 2009
Les 2 et 3 novembre aura lieu à Washington le prochain somment Union européenne - Etats-Unis. A l’occasion de ce deuxième rendez-vous important depuis l’élection de Barack Obama, l’Union européenne et les Etats Unis devraient discuter du changement climatique, de la crise économique et financière et de politique internationale notamment à propos de l’Iran et de l’Afghanistan.
Harlem Désir est intervenu mercredi 21 octobre en séance plénière lors du débat au Parlement consacré à ce sommet. Voici la vidéo de son intervention.
 Madame la Présidente, Madame la Présidente du Conseil, Madame la Commissaire, chers collègues,
La coopération entre l’Europe et les États‑Unis est décisive pour la résolution de la plupart des grands défis mondiaux, et la nouvelle administration américaine est de ce point de vue une opportunité. Elle a déjà pris des initiatives qui ont marqué une rupture avec la précédente, en Irak, sur Guantánamo, sur le bouclier antimissiles. Mais il serait naïf de penser que cela suffira à rendre les points de vue américain et européen identiques en tous points, et que tout sera désormais simple dans les relations transatlantiques.
Qu’il s’agisse de la préparation de Copenhague et de l’aide aux pays en développement, de Doha et du protectionnisme, de la régulation financière et de la lutte contre les paradis fiscaux, de la relance du processus de paix au Proche-Orient ou de la fermeté sur le nucléaire iranien, on se heurte, pour chacun de ces dossiers à de très lourdes inerties américaines, qui vont au-delà de la bonne volonté, ou non, de l’administration, et qui tiennent souvent au poids des groupes d’intérêt sur le Congrès, ou tout simplement à la défense de ses intérêts par une grande puissance bousculée par la nouvelle donne mondiale.
Tous ces domaines ne progresseront que si l’Europe joue pleinement son rôle politique d’acteur global à part entière, dans un partenariat entre égaux - pour reprendre l’expression de Mme la Commissaire - et assume totalement sa responsabilité.
De ce point de vue, je dois dire qu’il y a une certaine confusion dans l’attitude européenne et parfois même une certaine naïveté, y compris au sein de ce Parlement, dans la façon dont est abordée l’idée du grand marché transatlantique, cette vieille lubie de Sir Leon Brittan lorsqu’il était commissaire, qui n’est pas dénuée de danger.
Ainsi cette affaire des « entraves aux échanges » mentionnée par plusieurs collègues et qui est abordée comme s’il ne s’agissait que de problèmes techniques. Bien entendu les échanges économiques et commerciaux entre les États‑Unis et l’Europe sont importants, pour l’emploi, pour les entreprises. Il faut les développer. Toutefois, d’abord, ils ne sont pas vraiment en danger. Ensuite, lorsqu’il il y a conflit, soit cela relève de la défense de nos intérêts économiques - je pense à Airbus par exemple – et la fermeté doit rester de mise, soit cela met en cause nos règles environnementales, sanitaires - dans l’affaire du bÅ“uf aux hormones par exemple, ou du poulet chloré – ou notre conception de la régulation, la lutte contre les paradis fiscaux par exemple, et nous ne devons donc pas subordonner notre propre modèle intérieur, notre modèle de société, notre modèle environnemental, notre modèle de développement et de régulation, à l’amélioration des relations économiques, comme si elles étaient un but en soi. Nous devons être capables de combiner les deux, renforcement de la coopération et des échanges dans le plus grand nombre de domaines, et défense de nos propres conceptions et de notre modèle. Nous ne devons certainement pas dissoudre notre autonomie politique dans la recherche d’un partenariat qui serait réduit à ses aspects commerciaux et dont les objectifs, louables en soi, sont beaucoup plus vaste et suppose une Europe qui s’assume pleinement et non qui se subordonne. Or c’est bien le risque d’une certaine conception de ce grand marché transatlantique tel qu’il est parfois promu comme un fin en soi de ce coté ci de l’Atlantique.
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