Posté le Jeudi 14 décembre 2000
Harlem Désir est intervenu en session plénière à Strasbourg, le 14 décembre 2000, pour demander à la Commission de réagir sur les graves atteintes aux droits de l’homme et à la liberté d’expression constatés en Tunisie.
Voici le texte intégral de son intervention :
Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, chers collègues, la Tunisie s’est engagée, dans le cadre de l’accord d’association qui la lie à l’Union européenne, au respect des droits de l’homme et des principes démocratiques.
Face aux nombreuses atteintes aux droits de l’homme dans ce pays, le Parlement a adopté, le 15 juin 2000, une résolution. Mais les faits sont là . Même si quelques passeports ont été restitués, même si le président Ben Ali a prononcé, à l’occasion de l’anniversaire de son arrivée au pouvoir, un discours sur la liberté de la presse et l’amélioration des conditions de détention, nous constatons une grave détérioration de la situation des droits de l’homme en Tunisie.
La Ligue des droits de l’homme est suspendue, ses locaux sont mis sous scellés et son président, Moktar Trifi, est convoqué devant le tribunal, comme cela vient de vous être dit, le 25 décembre. Le secrétaire général de la Ligue, Khemaïs Ksila, qui a déjà passé deux ans en prison, est condamné à une lourde amende qu’il ne peut payer et risque, de ce fait, de nouveau, un emprisonnement. Le porte-parole du Conseil national des libertés de Tunisie, le professeur Moncef Marzouki, doit comparaître cette semaine, le 16 décembre, et risque dix ans de prison. L’association civique RAID ATTAC Tunisie, dont les dirigeants avaient été emprisonnés au début de l’année, n’est toujours pas autorisée. La maison d’édition Aloes, dont les locaux ont été fermés plusieurs mois, est empêchée de publier librement. L’avocate de nombreux prisonniers politiques, Radhia Nasraoui, ne peut rendre visite à ses clients en prison. Quand les militants et responsables de ces associations veulent se réunir le jour anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, leurs maisons sont encerclées par la police et ceux qui s’y rendent sont agressés dans la rue par des hommes en civil. Ces hommes, ces femmes, sont les Sakharov, les Vaclav Havel, les Abraham Serfati et les Nelson Mandela d’aujourd’hui. Nous devons être à leurs côtés, parce qu’ils défendent des valeurs qui nous sont chères et auxquelles le gouvernement et les autorités tunisiennes se sont engagés à être attentifs dans le cadre de l’accord d’association.
Nous demandons donc à la Commission de faire respecter les termes et les engagements pris dans le cadre de cet accord. Nous lui demandons d’intervenir d’urgence sur les cas que nous avons cités et qui nous inspirent la plus vive inquiétude. Enfin, nous demandons à la Commission de réexaminer les conditions d’utilisation du programme MEDA-Démocratie sur lequel il est incroyable que les autorités tunisiennes aient conservé un droit de contrôle. Comme cela a été fait dans les pays de l’ex-Yougoslavie, nous pensons que l’Union doit pouvoir soutenir directement des journaux, des maisons d’édition et des associations indépendantes pour l’expression démocratique.
Popularity: 13%

Commentaires