Posté le Jeudi 8 juillet 2010
Le Parlement européen a adopté le 7 juillet, à Strasbourg, en première lecture, une directive européenne limitant les bonus des traders et des dirigeants de banque.
Avec cette future directive la rémunération variable due sous forme de liquidités versées d’avance sera plafonnée à 30% du bonus total et à 20% dans le cas de montants passant un certain seuil. Entre 40% et 60% du bonus devront être reportés de trois ans et ne seront pas versés si les investissements effectués ne produisent pas de résultats. Un trader ne touchera plus de gains faramineux en multipliant de pures opérations spéculatives qui ne débouchent que sur des pertes. Les indemnités de départ à la retraite des banquiers seront également visées. Le texte prévoit un traitement encore plus sévère pour les banques qui ont bénéficié d’aides publiques pendant la crise et une réglementation plus stricte des fonds propres et de la titrisation.
Cette législation aurait pu être plus ferme encore, bien sur, et elle n’est qu’un aspect de la régulation financière à mettre en place. D’autres dispositions sont en préparation et leur vote viendra des les prochaines semaines. Mais cette loi européenne est sans précédent dans ce domaine où tous les excès ont été atteints et elle montre, surtout, que si les Etats, et l’Europe, veulent se donner les moyens d’encadrer la finance, ils le peuvent. Ce ne sont pas les possibilités techniques ou économiques qui manquent, mais seulement la volonté politique. Si celle-ci est au rendez-vous, les outils de lutte contre la spéculation peuvent être créés. Il n’y a aucune fatalité à laisser les marchés dicter leurs lois et recommencer de plus belle comme avant la crise.
La balle est maintenant dans le camp du Conseil. Depuis le déclenchement de la crise financière en 2008 les gouvernements européens ont multiplié devant les opinions les déclarations fracassantes contre le capitalisme sauvage. En réalité ils n’ont pas fait grand chose de concret depuis, une fois les banques sauvées de la faillite, pour réguler la finance folle qui détruit l’économie réelle et nourrit les crises et le chômage. Comparé à l’administration Obama, rien de sérieux. Qu’ils montrent donc maintenant qu’il ne s’agissait pas de paroles en l’air en soutenant le Parlement européen en ne s’opposant pas à la directive qu’il vient de voter.
C’est un test. Notons qu’en France, l’UMP a empêché à plusieurs reprises à l’Assemblée nationale l’adoption de propositions de loi des socialistes sur le plafonnement des bonus des traders.
Alors, plutôt que de se payer de mots dans les G 2O, sans déboucher sur rien, et de discours grandiloquents sur la moralisation du capitalisme, Nicolas Sarkozy ferait bien de soutenir au Conseil européen, comme en France, l’adoption de mesures concrètes pour lutter contre la spéculation sauvage. Ainsi, de la taxe sur les transactions financières internationales, dont les avancées restent à ce jour inversement proportionnelle au flot de communication de Nicolas Sarkozy sur le sujet. Comme pour la limitation des bonus, le seul obstacle est non pas la faisabilité, mais la volonté de passer aux actes.
Rappelons, comme nous n’avons cessé de le marteler depuis des mois avec Poul Nyrup Rasmussen, Gilles Pargneaux et d’autres au sein du Parlement européens, qu’une taxe de 0.05% sur les transactions financières en Europe, rapporterait, cela est maintenant reconnu par la Commission européenne, 200 milliards d’euros. Ils pourraient être affectés à la politique de relance, au financement de grands projets européens et à l’aide aux pays en développement notamment dans la lutte contre le changement climatique. Qu’attendent Nicolas Sarkozy, ses homologues européens et la Commission Barroso pour en saisir le Parlement européen? Il faut avancer, c’est ce que l’on attend de l’Europe, c’est ce qui lui donnera du sens dans ce moment. Des actes maintenant, pas après la prochaine crise!
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