Harlem Désir

Secrétaire national à la Coordination / Député européen

Pour la solidarité avec l’Irlande, mais contre le dumping fiscal

Posté le Mercredi 24 novembre 2010

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel se sont entretenus aujourd’hui sur la crise irlandaise.

C’est une bonne chose pour l’Europe que la France et l’Allemagne se concertent sur les solutions à apporter à la crise irlandaise, même si l’on peut déplorer que dans l’Europe a minima voulue par les gouvernements actuels, aucun dialogue ambitieux ne soit entrepris pour redonner du souffle à l’Union.

Pourtant, la crise irlandaise montre qu’on ne pourra plus se contenter longtemps de réponses au coup par coup pour tenter de colmater les brèches à chaque urgence et qu’un changement profond doit être impulsé.

La première leçon de la crise irlandaise, c’est que le modèle économique irlandais, fondé sur la dérégulation financière et le dumping fiscal n’était pas viable pour l’Irlande. La deuxième lecon c’est qu’il ne l’est pas pour l’Europe à qui l’on demande maintenant de payer les pots cassés. Dans ces conditions, peut-on décider de lever ainsi 85 milliards d’euros d’aide publique en provenance des autres pays (prêt, facilité financière mobilisable…), pour mieux repartir comme avant ?

Ce n’est pas raisonnable. Car, quand même, voilà l’Europe, incapable de se doter d’un plan de relance face à la crise, comme l’ont fait les Etats-Unis ou la Chine, pour relancer la croissance et sauver les emplois ; l’Europe incapable de boucler son budget, incapable de trouver les fonds pour la négociation sur le changement climatique, ou pour l’aide au développement, qui trouve d’un coup près de 100 milliards pour l’Irlande et ses banques et les fait voter par ses parlements ! 85 milliards sans coup férir, quand on passe son temps à expliquer aux citoyens qu’il n’y a plus d’argent pour leurs services publics, leurs écoles, leurs retraites, leur santé ! Oui il faut aider l’Irlande à s’en sortir aujourd’hui, par solidarité, car cette valeur est au coeur du projet européen et pour sauver l’euro. Mais, la moindre des exigences doit être la fin du dumping fiscal dans ce pays qui a privatisé les gains de sa politique menée pendant des années au détriment des autres pays européens et qui nous amène aujourd’hui à nationaliser ses pertes. C’est la condition que la France devrait mettre à l’aide de l’Union à l’Irlande. Le comble, sur la pente actuelle, est que les conditions posées à l’Irlande vont entraîner un plan d’austérité dont la facture ne sera payée que par les salariés irlandais tandis que le taux d’impôt sur les sociétés et les mécanismes d’évasion fiscale, eux, resteront inchangés. Il faut maintenant que l’Europe sache ce qu’elle veut : tirer les leçons de la crise de la dérégulation financière ou recommencer comme avant ? C’est le moment pour la France d’exiger une clarification. Mieux vaudrait pour le Président de la République mettre le poids de la France pour peser sur ce sujet au sein du conseil européen, plutôt que de se perdre et de s’isoler en vaines polémiques à rebours de nos valeurs sur les Roms.

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