Présidence française de l’Union européenne
Posté le Vendredi 4 juillet 2008
Harlem Désir intervient en séance plénière à Strasbourg pour interpeller le président du Conseil en exercice, Nicolas Sarkozy, sur la politique qu’il compte mener sous la présidence française de l’Union européenne.
Monsieur le Président du Conseil,
Vous avez voulu placer votre présidence sous l’égide de l’Europe qui protège et je crois qu’il y a effectivement une attente très forte des citoyens européens. Mais c’est pourquoi il y a contradiction – et vous avez compris le message clé du groupe des socialistes européens – avec le fait que la dimension sociale de la construction européenne n’ait pas été élevée au statut de priorité de votre présidence.
En effet, comme on l’a vu notamment lors des derniers référendums, les peuples sont interrogés sur des institutions, sur des traités, mais en fait ils répondent sur le cours de la construction européenne et finalement, sur les politiques de l’Europe. Et je crois que le déséquilibre qui s’est créé ces dernières années, entre les avancées de la construction économique, qui se sont poursuivies et c’est un bien, et la stagnation de la dimension sociale, est aussi à l’origine de ce désamour entre les peuples et l’Union, de cette désaffection vis à vis des institutions européennes.
C’est pourquoi le problème n’est pas de dire que l’Europe doit se mêler de tout le social, mais qu’à partir du moment où il y a un marché unifié, y compris un marché du travail, il doit y avoir des normes communes pour lutter contre des disparités qui, autrement, mènent au dumping social ; et pour faire en sorte que les éléments de convergence portent tout le monde vers le haut, vers le meilleur, plutôt que de tirer les situations sociales vers le bas.
La Commission vient de publier un Agenda social mais si le Conseil ne s’engage pas sur des sujets concrets – vous avez parlé de l’Europe concrète – pour renforcer les pouvoirs des comités d’entreprise européens, pour protéger les travailleurs intérimaires, pour renforcer la directive sur le détachement des travailleurs, pour – et cela il faut l’ajouter à l’agenda – qu’il y ait une directive sur la protection des services publics et des services sociaux d’intérêt général, alors il n’y aura pas de réponse à ce besoin de protection.
Je voudrais en venir, pour finir, à un autre point. Une de vos priorités est l’Europe de l’immigration. Mais l’Europe de l’immigration ne peut pas se réduire à une Europe des expulsions. C’est pourquoi il faut y ajouter un pacte pour l’intégration – nous en avons parlé avec le ministre Hortefeux – et un pacte pour le développement. Vous revenez du G8; l’Europe et un certain nombre de pays membres, dont la France, ont été montrés du doigt pour ne pas avoir respecté leurs engagements en matière d’aide publique au développement. Faites en sorte que, pendant votre présidence, cet engagement de tendre vers 0,7% du PIB soit respecté, et ce sera plus efficace que l’indigne “Directive retour”, pour contribuer à mieux gérer les migrations internationales.
Popularity: 12%

Commentaires