Harlem Désir

Député Européen / Secrétaire National du PS

Une commission faible qui ne sortira pas l’Europe de la crise

Posté le Mardi 9 février 2010

Avec les autres députés européens socialistes français, je n’ai pas voté la confiance à la Commission Barroso à l’occasion du vote d’investiture du Parlement européen.

Le vote d’investiture de l’exécutif qui va diriger l’Union européenne pour les cinq prochaines années est un acte politique majeur du Parlement européen. Il porte non seulement sur les compétences des candidats commissaires, mais aussi sur l’orientation de la future Commission affichée à l’occasion des auditions devant le Parlement européen. 

Or, les auditions qui se sont déroulées devant les commissions du Parlement ont d’abord été marquées par le niveau très inégal des candidats proposés. Plusieurs candidats commissaires en charge de domaines d’action décisifs pour l’avenir de l’Union européenne, y compris les plus emblématiques du nouveau traité, comme la politique étrangère et de sécurité commune, ont montré un manque de compétence et une impréparation qui vont déboucher sur un affaiblissement sans précédent de l’exécutif européen. 

Cette faiblesse de l’équipe qui doit diriger l’Union européenne est particulièrement grave dans un moment où l’Europe doit faire face à une crise profonde et à d’immenses défis internationaux, en même temps qu’elle doit restaurer la confiance des citoyens dans le projet européen. 

Le collège proposé n’est tout simplement pas à la hauteur. Ce constat aurait dû amener au retrait de plusieurs candidats, et non de la seule candidate présentée initialement pour l’aide humanitaire. 

Les candidats ont également le plus souvent refusé de s’engager sur de grandes questions relevant de leur champ de compétence, laissant les députés dans l’ignorance de la politique qui sera menée. Ainsi, les futurs commissaires ne se sont pas engagés sur des points essentiels aux yeux des socialistes pour une véritable stratégie de sortie de crise, pour répondre à l’urgence sociale et climatique, et pour un renouveau du projet européen : aucun engagement substantiel sur l’harmonisation fiscale et l’harmonisation sociale, sur l’ambition d’une politique industrielle, sur les moyens de l’Union, son budget, la politique régionale et la politique agricole, sur la protection des services publics et des services sociaux, ou encore sur les véritables priorités et  orientations de la politique étrangère et de sécurité commune. 

Cette stratégie d’esquive confirme le choix d’une Europe minimaliste, effacée, à dominante libérale. 

L’Europe a besoin de vision, d’ambition et d’impulsion avec un exécutif qui soit le moteur de l’intégration européenne. Par son orientation majoritairement conservatrice et libérale comme par  sa composition, la Commission proposée ne répond pas à cet objectif. 

Le vote des députés européens socialistes français contre l’investiture de José Manuel Barroso indiquait déjà clairement notre refus d’une Europe réduite aux acquêts de l’intergouvernemental. 

Les députés socialistes français n’accorderont pas davantage leur vote d’investiture à la Commission proposée. 

À l’occasion de ce vote, le Parti socialiste défendra, plus que jamais, la nécessité d’une nouvelle impulsion pour bâtir une véritable Europe politique, économique et sociale.

 

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