Vote du Parlement sur la stratégie UE 2020
Posté le Mercredi 10 mars 2010
Le Parlement européen votait aujourd’hui une résolution sur la stratégie présentée par le Président de la Commission européenne José Manuel Barroso le 3 mars dernier “pour une croissance intelligente, durable et inclusive”. Cette stratégie, parfois appelée “UE 2020″, est censée remplacer la stratégie de Lisbonne lancée en 2000 et qui avait vocation à faire de l’Europe l’économie de la connaissance la plus compétitive du monde. Elle risque surtout d’en prolonger les insuffisances, de se solder par la même absence de résultats et de provoquer les mêmes déceptions. Elle ne constitue en effet ni une véritable stratégie de relance face à la crise, ni une orientation nouvelle pour les politiques économiques, sociales, budgétaires ou fiscales de l’Union. L’empilement de bonnes intentions (une économie basée sur les connaissances et l’innovation, une politique industrielle compétitive, la cohésion sociale, la lutte contre la pauvreté, contre le changement climatique,…), n’a d’égale que l’absence d’instruments nouveaux pour les mettre en Å“uvre. L’Europe a besoin d’une autre ambition et les citoyens attendent des réponses autrement convaincantes au moment où ils subissent durement les conséquences de la crise financière devenue crise sociale partout sur le continent. Depuis le début de celle ci, on compte 7 millions de chômeurs supplémentaires en Europe et l’on pourrait passer les 25 millions de chômeurs sur le continent d’ici à la fin de l’année. La planète finance et les banques, renflouées sur fonds publics, spéculent de plus belle, les bonus flambent, aucune régulation des hedge funds n’a été adoptée et l’on demande aux citoyens de se serrer la ceinture. On sabre dans les services publics, on rogne la protection sociale et les retraites. La crise grecque agit comme un révélateur de l’absence de solidarité, de la rigueur à sens unique, jamais contre les spéculateurs, et du recul de l’esprit européen.
C’est pourquoi, l’Europe doit pouvoir débattre d’une autre vision de son avenir que celle proposée par la Commission. Une vision fondée sur une véritable coordination économique, une relance solidaire, une régulation rigoureuse des marchés financiers et des fonds spéculatifs, la lutte contre les paradis fiscaux, un fond de soutien européen pour les Etats en difficulté qui ne devraient pas en être réduit à mendier au FMI, un budget de cohésion avec des ressources propres, une stratégie de croissance verte, une communauté de l’énergie, l’investissement massif et prioritaire dans l’éducation, la recherche, la formation tout au long de la vie, une harmonisation fiscale et sociale, la taxation des transactions financières internationales, la défense vigoureuse des normes sociales et environnementales dans les échanges commerciaux.
Au lieu de quoi, la résolution de compromis entre les groupes politiques proposée au vote du Parlement aujourd’hui, relevait plutôt du filet d’eau tiède, mélant tout et son contraire. Comme mes collègues de la délégation socialiste française au Parlement européen, je ne l’ai pas votée. Si le Parlement, représentant des citoyens, et le groupe socialiste et démocrates européen en son sein, ne s’expriment pas plus clairement sur la nécessité d’un sursaut pour répondre aux préoccupations et aux inquiétudes sociales des européens, et ne sonnent pas le réveil européen, le ronron institutionnel habituel nous donnera juste une “Stratégie de Lisbonne bis” bientôt aussi enlisée que la précédente dans la fameuse MOC (méthode ouverte de coordination), le marché intérieur sans âme et le pacte de stabilité sans croissance.
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